Qui vit là où l'on vote, et comment on le sait.
geoStrat met côte à côte deux choses publiques : les résultats des élections, bureau de vote par bureau de vote, et le recensement de Statistique Canada. Cette page explique, sans jargon, comment on les assemble et comment on vérifie que les chiffres tiennent la route. On suivra une vraie section de vote du début à la fin. La deuxième partie explique la projection de l'élection de 2026 et le tableau de bord du soir de l'élection.
01Six mots à connaître
Section de vote
Le plus petit territoire pour lequel on connaît les résultats : quelques rues, environ 300 à 600 électeurs. Le Québec en compte près de 17 500.
Aire de diffusion (AD)
Le plus petit territoire pour lequel Statistique Canada publie le recensement : environ 400 à 700 habitants. Ses limites ne suivent pas celles des sections.
Recensement
Le grand questionnaire de Statistique Canada, tous les 5 ans en mai (2011, 2016, 2021). Âge, langues, revenus, logement… résumés par AD.
Point de pourcentage
Passer de 20 % à 23 % de locataires, c'est +3 points. Toutes les erreurs de cette page sont en points : « 1 point d'erreur » veut dire qu'on annonce 23 % quand c'était 22 %.
Corrélation (r)
Un chiffre entre −1 et +1 qui dit si deux choses vont ensemble d'une section à l'autre. Près de 0 : aucun lien. Près de 1 (ou −1) : lien très net. Exemples réels plus bas.
Fourchette
Quand un chiffre est une estimation, on donne une fourchette : « 61 %, entre 52 et 69 % » veut dire que la vraie valeur a 9 chances sur 10 d'être dans cet intervalle.
02Le problème de départ
On connaît le vote de chaque section, et le portrait de la population de chaque AD. Mais les deux découpages ne coïncident jamais : une section chevauche souvent deux ou trois AD, et une AD est partagée entre plusieurs sections. Il faut donc un « traducteur » entre les deux cartes.
03Une section, pas à pas
Section 356-112, circonscription de Rosemont, élection québécoise de 2018
Étape 1 : savoir où les gens habitent
Pour savoir combien de locataires, d'aînés ou de francophones vivent dans cette section, il faut savoir quelle part de chaque AD s'y trouve. Couper au prorata de la surface serait trompeur : un parc ou une usine compte autant qu'un pâté d'immeubles. On utilise plutôt les 3,1 millions d'adresses du Répertoire québécois des adresses, chacune avec son nombre de logements.
Ces parts sont ensuite ajustées pour que les totaux soient justes des deux côtés : la section doit contenir exactement ses 431 électeurs inscrits, et chaque AD doit « distribuer » exactement ses citoyens de 18 ans et plus (son nombre d'électeurs possibles selon le recensement). Ensuite, tout se calcule par simple addition :
Résultat pour notre section : environ 710 habitants, dont 76 % de locataires, 78 % de francophones, 31 % d'immigrants et 20 % de 65 ans et plus. On fait ce calcul pour les 2 247 à 2 631 questions du recensement et pour chacune des ~17 500 sections.
04Les votes par anticipation
Dans notre section, 183 personnes ont voté le jour du scrutin. Mais d'autres ont voté par anticipation, dans un bureau qui regroupe plusieurs sections : on connaît le résultat du bureau, pas celui de chaque section. Les oublier fausserait la carte des quartiers où l'on vote tôt.
Deux vérifications : la somme de toutes les sections redonne exactement les résultats officiels, et l'application permet de retirer cette part (« Jour du scrutin seulement ») pour ne regarder que les votes observés.
05Le recensement n'a pas lieu le jour du vote
Le recensement photographie la population en mai 2016 et en mai 2021. Notre élection a lieu en octobre 2018, presque à mi-chemin. Entre-temps, le quartier a changé : la population vieillit, des gens déménagent. Que faire ?
On trace la ligne
Élections de 2015, 2017, 2018 et 2019 : l'âge, les langues, les ménages, le logement et, depuis 2016, les tranches de revenu sont calculés à la date exacte du vote.
On fait vieillir, à moitié
Élections de 2021 à 2025 : il n'y a pas encore de recensement « après ». On avance l'âge de la population, mais à moitié seulement, parce que des jeunes emménagent pendant que d'autres vieillissent sur place.
Estimations annuelles
Statistique Canada publie chaque année la population par âge de chaque MRC et de chaque municipalité, ainsi que les arrivées de résidents temporaires. geoStrat s'aligne sur ces chiffres.
Ce qu'on ne fait jamais : prolonger une tendance. Si un quartier a gagné 3 points de locataires entre 2011 et 2016, on ne suppose pas qu'il en gagnera encore 3. On a testé : ça se trompe plus souvent que ça n'aide.
06Est-ce fiable ? On l'a vérifié
Pour savoir si une méthode fonctionne, on fait comme un élève qui se corrige : on cache un recensement qu'on connaît, on essaie de le deviner avec les autres, puis on compare avec la vraie réponse.
Résultat, en points de pourcentage d'erreur par section (plus c'est court, mieux c'est) :
Même principe pour les revenus, vérifiés contre les déclarations d'impôt (Agence du revenu du Canada) de chaque code postal. Part des contribuables qui gagnent 50 000 $ ou plus, en 2019 :
Règle suivie partout : une méthode n'entre dans geoStrat que si ce genre de test montre qu'elle réduit l'erreur.
07Lire une corrélation
L'onglet « Corrélations » répond à la question : d'une section à l'autre, quand telle caractéristique augmente, le vote pour tel parti augmente-t-il aussi ? Chaque point ci-dessous est une vraie section de l'élection québécoise de 2018.
Le signe
+ : les deux montent ensemble. − : quand l'un monte, l'autre descend.
La taille
Autour de 0,2 : lien faible. Autour de 0,5 : lien réel mais beaucoup d'exceptions. Au-delà de 0,8 : lien très net.
La pente
Dit de combien : pour chaque 10 points de francophones en plus, le vote PLQ baisse en moyenne de 7,8 points.
Une corrélation décrit des quartiers, pas des personnes. « Les sections francophones votent peu PLQ » ne veut pas dire que chaque francophone vote contre le PLQ. C'est la principale limite de ce type d'analyse.
08Le potentiel : mieux ou moins bien que prévu ?
La ligne d'une corrélation donne un résultat attendu pour chaque section, compte tenu de sa population. En comparant le vrai résultat à ce résultat attendu, on repère les sections où un parti fait mieux ou moins bien que son profil ne le laisserait prévoir.
Pour aller plus loin, le vote attendu fait la même chose avec 330 caractéristiques à la fois. On l'a testé en lui cachant des circonscriptions entières : il retrouve jusqu'à 88 % des différences de vote entre les sections qu'il n'avait jamais vues.
09La population synthétique
Le recensement donne des totaux séparés : tant de locataires, tant de 25–44 ans, tant de diplômés. Mais jamais « combien de locataires de 25 à 44 ans ont un diplôme universitaire » à l'échelle d'une section. Pour répondre, on fait un peu comme un directeur de casting.
Comment savoir si le casting est bon ?
On regarde des caractéristiques qu'on ne lui a pas demandé de respecter, et on compare avec le vrai recensement. Par exemple, la part de gens dont la langue maternelle est le français : la ressemblance entre l'estimation et la réalité, d'une section à l'autre, atteint r = 0,98 (1 serait parfait). Pour la religion, plus difficile à deviner, elle est de 0,78 à 0,89 à Montréal.
Un piège découvert en chemin : les fiches anonymes ne disent que la grande région où vit la personne. Une section du Plateau piochait donc dans un bassin surtout banlieusard, et héritait d'un profil de banlieue pour tout ce qu'on ne contrôlait pas. On a ajouté trois critères : propriétaire ou locataire, mode de transport pour aller au travail, type de logement. Résultat :
| Centre de Montréal, erreur moyenne par section | Avant | Après |
|---|---|---|
| Part des gens en appartement | 32 points | 3 points |
| Part des gens qui vont au travail en transport en commun | 11 points | 2,5 points |
| Part des gens sans religion (jamais contrôlée) | 9 points | 7,6 points |
10Les transferts de vote
Le vote est secret : impossible de savoir ce qu'une personne a fait. Mais en comparant des milliers de sections d'une élection à l'autre, on peut estimer, en gros, où sont allés les électeurs d'un parti.
Comment on sait que la fourchette est honnête ? On a fabriqué des élections fictives où l'on connaît la vraie réponse, on a lancé la méthode dessus, et on a élargi les fourchettes jusqu'à ce qu'elles contiennent vraiment la bonne réponse 9 fois sur 10. Pour les grands mouvements, l'erreur typique est de 2,5 à 5 points pour le Québec entier, et d'environ 9 points pour une seule circonscription, qui compte moins de sections.
11La projection 2026, étape par étape
Mise à jour du 4 octobre 2026 : le modèle a changé. Depuis la veille du vote, la projection utilise un modèle amélioré, mis au point et testé pendant la campagne sur quatre élections passées (Québec 2022, élections fédérales de 2019, 2021 et 2025 au Québec). Deux choses changent : la façon de traduire les sondages en circonscriptions (étapes 2 à 4 ci-dessous) et la façon de mesurer l'incertitude (section suivante). Sur ces quatre élections, testé chaque fois sans avoir vu l'élection en question, le nouveau modèle se trompe en moyenne de 2,4 points par parti et par circonscription, contre 2,8 points pour l'ancien, et identifie le bon gagnant dans 338 circonscriptions sur 359, contre 326. Les deux modèles s'entendent sur le parti en tête ; le nouveau donne au PQ plus de sièges et à la CAQ moins.
Une projection n'est pas une prévision. C'est une photo de l'opinion telle que la mesurent les sondages publiés, traduite en circonscriptions et en sièges, avec son incertitude. Si les sondages se trompent tous dans le même sens, la projection se trompe avec eux ; on verra plus bas comment on en tient compte.
Étape 1 : une moyenne des sondages, pas le dernier sondage
Chaque sondage a sa marge d'erreur, et chaque firme a ses habitudes : certaines voient un parti un peu plus haut que les autres, sondage après sondage. On appelle ça l'effet maison. La moyenne de geoStrat :
Donne plus de poids aux récents
L'opinion bouge ; un sondage d'il y a trois mois compte beaucoup moins qu'un sondage de la semaine.
Et aux grands échantillons
Un sondage de 3 000 répondants pèse plus qu'un sondage de 1 000, mais pas trois fois plus : les méthodes d'échantillonnage ajoutent leur propre imprécision.
Corrige l'effet maison
On mesure l'écart habituel de chaque firme par rapport aux autres, et on le retire.
La liste complète des sondages utilisés, avec un lien vers chaque sondage original et l'effet maison de chaque firme, est sur la page Les sondages.
Étape 2 : qui vote pour qui
Les sondeurs publient aussi leurs résultats par groupe : jeunes et aînés, francophones et non-francophones, grandes régions. C'est là que la population synthétique sert : pour chaque section de vote, on connaît ses électeurs de 2026, avec leur âge, leur langue maternelle et leur région. On part du résultat de 2022 dans chaque section, puis on fait bouger le vote de ces électeurs jusqu'à ce que, additionnés, ils reproduisent ce que les sondages mesurent dans chaque groupe.
Deux conséquences. D'abord, chaque section garde son caractère : un quartier où le PQ faisait 40 % en 2022 ne tombe pas au niveau d'un quartier où il faisait 15 %. Ensuite, un parti qui progresse surtout chez les francophones progresse là où vivent les francophones, pas uniformément partout. La participation suit l'âge : on pondère chaque électeur par les taux de participation officiels de son groupe d'âge.
Un cas particulier : en 2022, Québec solidaire n'avait pas de candidat dans Camille-Laurin. Son 0 % ne mesure donc pas son appui réel, et repartir de là l'aurait condamné à 0 % en 2026. Dans ce cas, geoStrat remplace le résultat manquant par le résultat théorique de 2022 : ce que la méthode projetait pour ce parti dans chaque section, à partir de 2018 et des vrais résultats du Québec de 2022 (environ 25 %, proche des 24 % obtenus en 2018 dans l'ancienne circonscription de Bourget). Les autres partis lui cèdent cette part en proportion.
Le nouveau modèle combine deux lectures de ce mouvement. Pour 70 %, celle des électeurs synthétiques décrite plus haut. Pour 30 %, une variation calculée sur l'échelle des chances (un parti qui double son vote ne double pas partout de la même façon : il progresse davantage là où il est déjà présent). S'y ajoutent deux corrections apprises sur les élections passées : les francophones, surtout hors de l'île de Montréal, changent de vote plus facilement que les autres ; et un résultat exceptionnel en 2022, très au-dessus ou très en dessous de ce que la langue et la région laissent attendre, revient un peu vers la normale (10 %), sauf si le député sortant se représente.
Un ajustement technique, enfin : les sondeurs ne définissent pas les « francophones » comme le recensement. Leurs chiffres par langue, appliqués tels quels à nos électeurs, ne redonnaient pas leur propre total (le PLQ y perdait environ deux points). On garde donc l'écart que mesurent les sondages entre francophones et non-francophones, mais on le recentre pour que le total du Québec soit bien celui des sondages.
On compare toujours cette méthode à la plus simple, le « swing uniforme » (ajouter partout la même variation qu'au Québec). Testée sur 2022, dans des régions qu'elle n'avait pas vues et avec les vrais totaux du Québec (pour ne juger que la répartition entre circonscriptions), elle se trompe en moyenne de 3,8 points par parti et par circonscription, contre 4,3 points pour le swing uniforme.
Étape 3 : les régions, avec prudence
Les sondeurs publient aussi des chiffres par région (île de Montréal, couronne, région de Québec, reste du Québec). Mais ce sont de petits sous-échantillons : en 2022, un sondeur voyait la CAQ à 33 % sur l'île de Montréal ; elle y a fait 19 %. La moyenne de plusieurs firmes, elle, tombe généralement juste. L'ancien modèle utilisait donc ces chiffres régionaux en proportion de leur fiabilité : pleinement quand plusieurs firmes publient et s'entendent, à peine quand une seule firme publie ou qu'elles se contredisent.
Le nouveau modèle va plus loin : il n'utilise plus directement ces chiffres régionaux. Dans les tests sur les élections passées, ils faisaient plus de mal que de bien. Les différences entre régions viennent de la langue, de la composition de chaque quartier et du résultat de 2022 ; la possibilité qu'une région surprenne est gardée dans les simulations.
Étape 4 : l'effet du député sortant, et seulement ce qu'on peut mesurer
Un député qui se représente garde-t-il un avantage ? Sur 2022 seulement, le parti sortant faisait en moyenne 2,5 points de mieux (± 1,4) là où son député se représentait. Mesuré sur quatre élections, l'effet est plus grand : le nouveau modèle ajoute 5 points au parti dont le député se représente, et ne retire rien quand le siège est libre. C'est la valeur qui prédisait le mieux les élections passées, testée chaque fois sans l'élection en question ; entre 4 et 6 points, les résultats changent peu.
On a aussi vérifié s'il existe une « prime au chef » dans la circonscription d'un chef de parti. Les résultats de 2022 ne la confirment pas : elle n'est donc pas dans le modèle. Règle suivie : un ajustement n'entre que si les données passées le justifient.
1210 000 élections simulées
La projection donne un résultat attendu dans chaque circonscription. Mais l'élection réelle s'en écartera. Pour savoir de combien, on rejoue l'élection 10 000 fois.
Nouveau depuis le 4 octobre. On ne part plus d'un seul chiffre par parti. On tire d'abord 2 000 résultats possibles pour l'ensemble du Québec, compatibles avec les sondages : la marge de chaque sondage selon sa taille, les désaccords entre firmes, l'incertitude sur leurs effets maison, et surtout le risque que tous les sondages se trompent dans le même sens. La taille de ce risque a été mesurée sur 67 élections (Québec, Canada, autres provinces, Australie) : elle est proportionnelle à la taille du parti (un parti à 30 % peut être raté de plus de points qu'un parti à 10 %), ce qu'un parti gagne un autre le perd, et de grosses surprises restent possibles. Chacun de ces 2 000 résultats passe par le modèle complet, circonscription par circonscription. Puis on ajoute cinq fois les surprises régionales et locales :
Les sondages se trompent ensemble
En 2018, ils ont sous-estimé la CAQ d'environ 5 points ; en 2022, surestimé le PCQ de 3,4 points. C'est le tirage des 2 000 résultats possibles, décrit ci-dessus.
Une région surprend
Les sondages peuvent rater Québec sans rater Montréal. Chaque région reçoit sa propre surprise.
La campagne locale
Candidats, enjeux locaux, retrait d'un candidat : chaque circonscription reçoit enfin sa surprise à elle.
Les chances d'un parti dans une circonscription, c'est la part des 10 000 élections où il la gagne. Le vocabulaire suit ces chances : très probable (95 % et plus), probable (80 à 95 %), enclin (60 à 80 %) et pivot (moins de 60 %).
Des chances aux sièges
Les sièges attendus d'un parti sont sa moyenne de sièges sur les 10 000 élections, arrondie pour que le total fasse exactement 127. La fourchette contient 90 % des simulations. C'est ce chiffre qui apparaît partout sur le site : dans l'hémicycle, les barres, les cartes des partis et la carte.
Pourquoi le parti en tête est-il souvent favori dans plus de circonscriptions qu'il n'a de sièges attendus ? Parce qu'être favori à 55 % dans dix courses serrées, c'est en gagner environ cinq, pas dix. C'est pour ça que l'hémicycle répartit les courses serrées selon leurs chances, au lieu de toutes les donner au favori.
Le cercle « Qui affronte qui » et ses curseurs
Chaque parti occupe un coin du cercle, et chaque circonscription est placée à la moyenne des coins, pondérée par les chances de chaque parti : près d'un logo quand c'est sûr, sur la ligne entre deux partis quand c'est un duel, au centre quand plusieurs partis peuvent gagner. L'ordre des coins suit les vrais duels de la projection, pour que les duels les plus fréquents s'alignent sur le bord.
Les curseurs refont 1 000 simulations sur nos serveurs, avec le nouveau modèle et la nouvelle mesure de l'incertitude : le modèle complet traduit vos chiffres en circonscriptions, puis on ajoute les mêmes surprises que la projection (erreur commune des sondages proportionnelle à la taille de chaque parti, surprises régionales et locales). Seule simplification : pour répondre en une fraction de seconde, l'erreur commune est ajoutée au résultat au lieu de repasser chaque fois par le modèle. À la moyenne des sondages, on retrouve la projection à un ou deux sièges près.
Est-ce que ça marche ? Le test de 2022
Avec la nouvelle mesure de l'incertitude, la fourchette à 90 % d'un parti contient son vrai résultat 89 fois sur 100 sur les 67 élections testées, que le parti soit grand ou petit. L'ancienne méthode donnait la même marge à tous les partis : trop étroite pour les grands partis (78 fois sur 100), beaucoup trop large pour les petits. Rejouée sur 2022 avec les derniers sondages de la campagne, la nouvelle méthode place tous les vrais résultats dans ses fourchettes : CAQ 88 sièges (76 à 98) pour 90 réels, PLQ 22 (16 à 29) pour 21, QS 8 (5 à 11) pour 11, PQ 4 (1 à 9) pour 3, PCQ 2 (0 à 8) pour 0, et le bon gagnant dans 118 circonscriptions sur 125.
Pour mémoire, l'ancienne méthode, rejouée de la même façon sur 2022 :
| Élection de 2022, projection de la dernière semaine | Résultat |
|---|---|
| Gagnant bien identifié | 116 sur 125 |
| Erreur moyenne sur la part d'un parti dans une circonscription | 4,2 points |
| « Très probable » (95 % et plus) : favori gagnant | 84 sur 84 |
| « Probable » (80 à 95 %) | 15 sur 17 |
| « Enclin » (60 à 80 %) | 14 sur 17 |
| « Pivot » (moins de 60 %) | 3 sur 7 |
| Sièges en 2022 | Projetés (fourchette à 90 %) | Réels |
|---|---|---|
| CAQ | 86 (78 à 94) | 90 |
| PLQ | 21 (16 à 26) | 21 |
| QS | 9 (7 à 11) | 11 |
| PQ | 7 (4 à 11) | 3 |
| PCQ | 2 (0 à 6) | 0 |
Les favoris « probables » et « enclins » ont gagné à peu près aussi souvent que leurs chances l'annonçaient. Le PQ est notre raté le plus net : 3 sièges réels, sous le bas de la fourchette. Et chaque catégorie ne compte que 7 à 17 circonscriptions : une seule élection ne suffit pas pour juger finement si « 70 % » veut vraiment dire 7 fois sur 10.
13Le soir de l'élection
Dès 20 h, Élections Québec publie les résultats au fur et à mesure du dépouillement. Le tableau de bord recalcule alors les chances de chaque circonscription en combinant deux choses : la projection de la veille, et les votes déjà comptés. Plus il y a de votes comptés, plus ils comptent.
Les premiers bureaux ne sont pas représentatifs
Le vote par anticipation arrive souvent en premier, et il ne vote pas comme le jour même : en 2022, il était nettement plus favorable à la CAQ. Un quartier entier peut aussi rentrer d'un coup. Le modèle traite les bureaux comptés comme un échantillon imparfait.
Les voisins renseignent
Si le PQ fait 4 points de mieux que prévu dans toutes les circonscriptions d'une région, c'est probablement vrai aussi dans celle qui n'a encore rien compté.
Appeler une circonscription
On annonce un gagnant quand ses chances atteignent 99,5 %. Pour éviter qu'une annonce clignote, elle reste en place tant que les chances ne retombent pas sous 97 %.
Comment on sait que les appels sont fiables ? On a rejoué la soirée de 2022 des milliers de fois, à partir des vrais résultats bureau par bureau, dans des ordres différents : au hasard, les petits bureaux d'abord, le vote par anticipation d'abord, et quartier par quartier. Sur environ 3 200 appels, 2 se sont révélés faux. La question « quelle avance est sûre, avec tant de bureaux comptés ? » a été apprise sur six élections (fédérales et québécoises, de 2015 à 2025), chacune vérifiée avec un modèle entraîné sur les cinq autres.
Vous pouvez revoir la soirée de 2022 en accéléré : le modèle ne connaît que la projection de la veille et les votes déjà comptés.
14Ce qu'on ne peut pas dire
Des quartiers, pas des personnes
Toutes les analyses décrivent des sections. Elles ne disent rien du vote d'un individu.
Des estimations, avec leur marge
Population synthétique, groupes et transferts sont des modèles. On donne toujours un ordre de grandeur, jamais une certitude.
Les petites sections sont plus floues
Le recensement arrondit les petits nombres et une partie des questions ne vient que d'un ménage sur quatre.
Une projection suit les sondages
Si tous les sondages se trompent dans le même sens, la projection aussi. Les fourchettes en tiennent compte, mais une surprise hors fourchette reste possible.
Des chances, pas des certitudes
Un favori à 80 % perd une fois sur cinq. Sur une vingtaine de circonscriptions « probables », il faut s'attendre à quelques surprises.
Après 2021, on s'appuie sur des estimations
Le recensement de 2026 (publié en 2027) remplacera les ajustements faits pour 2022 et 2025.
Vie privée. geoStrat n'utilise que des données publiques et regroupées. Aucune liste électorale, aucun nom, aucune donnée sur une personne réelle. Les fiches de la population synthétique sont anonymes et redistribuées au hasard : elles ne décrivent personne.